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45 ans déjà !


C’est un anniversaire tout à fait exceptionnel que célèbre ce numéro. Dans le petit monde littéraire, l’amitié qui lie Francis Chenot et Francis Tessa depuis quarante-cinq ans est d’une longévité rarissime. L’attachement à la Maison de la poésie d’Amay et aux Editions de l’Arbre à paroles, le projet de leur vie qu’ils ont conçu quasiment dès leur rencontre et développé depuis sans relâche, explique évidemment en grande partie ce phénomène. Mais l’amitié des deux Francis repose aussi, voire surtout, sur l’équilibre improbable entre deux caractères aussi irréductibles qu’a priori incompatibles et survit aux innombrables coups de gueule et brouilles, parfois longues, grâce à une tendresse réciproque qui ne s’est jamais démentie.

On caricature volontiers les deux Francis : un ardennais taiseux, anarchiste et flemmard ; un italien pragmatique, autoritaire et combinard. Ce n’est pas faux mais c’est trop court. C’est oublier que l’anarchiste incarnait des positions gauchistes au sein du Drapeau rouge (alors organe très officiel d’un PC d’inspiration stalinienne), qu’il a préféré lancer un quotidien indépendant (éphémère, certes) plutôt que de céder aux appels pressants de la presse en place puis qu’il s’est consacré, dans l’ombre mais avec une détermination sans faille, à la défense de la chanson française via Une autre chanson. C’est oublier le caractère visionnaire d’un Tessa qui, le premier, a saisi les opportunités offertes par ce qu’on appelait alors le troisième circuit de travail pour constituer une équipe nombreuse et solide que toutes les structures poétiques de la Communauté française et d’ailleurs, lui envie.  C’est oublier enfin l’investissement généreux et désintéressé des deux Francis qui ne sont jamais servi de leur maison pour mettre en avant leurs œuvres personnelles. La maison serait d’ailleurs bien inspirée de réunir leurs œuvres complètes qui, au-delà de leur originalité respective, sont empreintes d’une même pudeur nostalgique. Pourquoi pas en deux volumes sous coffret à l’occasion des noces d’or des deux fondateurs ?

Au moment où Tessa vient de céder son poste de directeur et alors que Chenot songe à céder son poste de rédacteur en chef de la revue, j’aimerais rendre hommage à leur couple hétéroclite qui a achevé ma formation au seuil de ma carrière et me sert toujours de référence. Je salue aussi l’arrivée de David Giannoni qui travaille depuis un an déjà à jeter les bases des nouveaux développements de la maison. C’est une des rares personnes à pouvoir incarner les spécificités des deux Francis, aussi utopiste qu’idéaliste. C’est également un poète discret qui préfère mettre en avant le travail collectif de la bande qu’il constitue autour de lui depuis une quinzaine d’années sous la bannière de Maelstrom, une aventure née sous les auspices de la beat generation qui se conçoit tout à la fois comme une maison d’édition originale, une troupe poétique nomade et une entreprise de poétisation du réel. L’homme idéal pour incarner, autant dans la transformation que dans la continuité, l’utopie initiale des deux Francis.

Thierry Leroy