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Parler étrangement - Ritta Baddoura


ISBN : 978-2-87406-574-3
Nombre de pages : 94
Parution : juin 2014
Auteur : Ritta Baddoura
Titre : Parler étrangement
Collection : iF
Format : 12 X 20
Prix : 10 € (frais d'envoi inclus)

A reçu le prix Max Jacob "Découverte" 2015

 
 
Ritta Baddoura est une auteure libanaise d'expression française née en 1980. Ses ouvrages (cinq recueils de poésie parus à ce jour) ont été distingués par divers prix littéraires et ses lectures performances, caractérisées par un climat d'improvisation et explorant les rencontres entre texte, mouvement et son, présentées dans des festivals internationaux. Ritta Baddoura a également un parcours de journaliste littéraire et de chercheuse en sciences humaines. Elle vit actuellement à Nantes.

Il nous arrivait de couper la langue à celles et ceux qui ne savaient pas tenir leur langue ni la tourner sept fois dans la bouche avant de parler
C'était par temps de disette et de terreur
On tenait par dessus tout quand les bombes s'arrêtaient aux repas de famille et repas de quartier et il suffisait de couper une langue pour être sûrs de pouvoir nourrir tout le monde
(...)

***

Parler étrangement
raconte le double exil de Ritta Baddoura, son écartèlement entre une langue maternelle, l'arabe libanais, qui ne la définit qu'à moitié depuis qu'elle s'est installée en France en 2008, et sa langue d'adoption, le français, qui lui aussi ne dit qu'une partie d'elle-même. Face à sa langue libanaise, sa langue française et la langue française se toisant désormais en étrangères, une obsession va peu à peu s'imposer : écrire en français, mais un français imbibé de son histoire, c'est-à-dire des structures et de la musicalité de la langue arabe, de sa culture libanaise. Et c'est ainsi qu'un jour, entre le poème, le conte et le récit, en une sorte de réflexion initiatique, Ritta Baddoura a recommencé à écrire et à parler étrangement, pour notre plus grand bonheur.

***

Article dans l'Orient Littéraire :

http://www.lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=15&nid=4706

Article dans l'Orient Le jour :

http://www.lorientlejour.com/article/889975/la-poesie-est-ce-parler-etrangement-.html


Lecture de PARLER ETRANGEMENT de Ritta BADDOURA (L’arbre à paroles, coll. If, 2014, 94p., 10€.
par Philippe Leuckx

Quand un poète personnifie à ce point la langue, quand un poète se met à dévider, à propos de cette langue poétique, une litanie tout à la fois d’hommages et de rétentions, l’on peut se dire que l’écrivain tient parole, a un souffle, l’exprime, use de la langue, non par futilité, mais pour en découdre avec un réel pesant. La guerre, les armes, l’enfance enténébrée sont quelques-uns des thèmes de ce « Parler étrangement », langue en prose qui, le plus souvent, prend les mots au pied de la lettre, les soumet à un écrémage particulier et à une logique qui ne l’est pas moins :
Pourquoi parler d’autres langues si ce n’est pour réapprendre encore et encore à parler
à dire à se souvenir à identifier à construire à marcher
L’humour rosse, la terrible culpabilité des placards de l’enfance, où l’on se cache, où l’on enfouit la langue, ou où l’on perd pied et langue, donnent à ces textes une coloration assez sombre et aigüe et celle qui écrit est une jeune poète libanaise :
Mon pied a glissé
Je suis tombée dans le poème
Darwich, le poète palestinien éclaire de sa présence ce livre tout empreint de « langue natale », de « disparition » du fait des armes et de la peur.
Alors, que reste-t-il quand les constats dénoncent une réalité insupportable, quand la gorge a peine à retenir les mots – pourtant gonflés de nécessité - ?
La poésie sert à échapper, selon notre auteure, à l’étouffoir des murs, des gestes, des situations assises et immobiles, dans la crainte et l’angoisse.
Les francs-tireurs ne tirent pas sur les petits parfois
ou
Tous les matins pour ouvrir nos yeux
Et que le pain se lève
Nous avançons sur la corde du temps en faisant bien attention de ne pas trébucher sur les cadavres que les femmes étendent avec le linge
Cette jeune voix a l’intensité de l’aveu et celle de la détermination – coûte que coûte.

Ph. Leuckx