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Lent noir - Erwann Rougé


ISBN : 978-2-87406-588-0
Nombre de pages : 66
Parution : juin 2014
Auteur : Erwann Rougé
Titre : Lent noir
Collection : Résidences
Format : 13 X 20
Prix : 10 € (frais d'envoi inclus)

 
 
Erwann Rougé est né à Rennes en 1954. Poète et éditeur, il a fondé les éditions Dana et Approches, a animé plusieurs festivals et de nombreux ateliers dʼécriture, collaboré à plusieurs revues et réalisé de nombreux livres avec des artistes de sa génération. Il est l'auteur de plus de vingt livres de poésie, parmi lesquels Lisières (Les Mains, 2012, avec des photographies de Magali Ballet), Breuil (Al Manar, 2011, avec des peintures de Marie Alloy) ou encore Le Pli de lʼair (Apogée, 2009).

la lumière claire manquait
les yeux étaient bleu de froid
ce n’est pas une vie
cette vie-là avec tout ce qui passe
un blanc d’enfance
dedans et seulement trois mètres
carrés de haine

***

Lecture pour LES BELLES PHRASES –chronique du 12 juillet 14
par Ph. Leuckx


Le terrible dans ces poèmes de Rougé n’est pas seulement dans le titre, qui suggère tout à la fois le noir de houille de l’enfance, et la férocité qui va avec certaine enfance salie, et la vague de fureur chasseresse d’hommes violents, et la « langue déchir(é)e » des victimes, et les placards de l’horreur, de l’enfermement.
Il y a plus encore dans ce livre, où les vers se répandent sur la page, déchiquetés, structurés, décalés, il y a le désir de dire le nu plus nu que le nu, l’acide en gorge, l’œil délavé, la « haine », « leur haine », « la langue noire », qui ne renonce pourtant pas, au milieu de la traque.
Ce livre peut se lire comme un récit d’enfermé/évadé/pourchassé. Un enfant ? Un adulte ? Une ombre ? L’histoire ne le dit, ne se termine pas, elle recommence et hausse le ton juste pour éclairer l’universel. Le lecteur suit au présent l’acharnement à vivre de quelqu’un qui est happé, violenté, suivi, traqué.
la fatigue d’oiseaux dans la bouche

ce temps pris au trou


lent écoulement
halètement de l’autre


tu étouffais de tristesse

avaler l’air    les champs    la dune

En lisant cet admirable livre, j’ai songé plus d’une fois à toutes les blessures d’enfances truffautiennes, pasoliniennes et autres. Les coups, quatre cents et autres. D’enfants souillés par l’existence, le mépris, les haines ordinaires…
toujours faire le guet résonne à la dernière page de cet opus comme l’apologue du pauvre, toujours alerté, sans cesse en alerte, comme la bête traquée qui flaire le danger, bête ou écrivain ou enfance battue, la même vigilance au bout des mots, la même et terrible exigence de dire au plus nu le vrai.
Magnifique Rougé